Alex Ross au sujet de "Ain't Talkin'" | The Official Bob Dylan Site
 
 
 

Alex Ross au sujet de "Ain't Talkin'"

“Alors que je marchais ce soir dans ce jardin mystique / les fleurs blessées suspendues aux plantes rampantes”. Comme d’habitude, voilà des mots qui attirent votre attention dans un premier temps. « Ain’t Talkin’ », la dernière chanson du nouvel album de Bob Dylan, “Modern Times”, un disque faussement moelleux, installe l’auditeur dans un paysage plongé dans une douce décadence, aussi abimé avec élégance que la voix de sexagénaire de Dylan, et peuplés de mulets malades, de chevaux aveugles, un jardinier porté disparu, des ennemis sans noms, une femme, et le chanteur, déambulant, pleurant, broyant du noir, non sans lâcher un sourire ironique. La ligne vocale est comme usée: elle contient seulement 5 notes, cette ancienne échelle à 5 points.

Mais c’est la sureté infaillible des choix musicaux – des guitares qui s’enroulent comme des plantes rampantes autour des changements d’accords, le caractère funèbre d’un violon présent par intermittence, un rythme constant comme des gouttes d’eau – qui vous tient émerveillé. Le protagoniste semble chercher quelconque signe d’espoir dans ce jardin apocalyptique, et, au dernier instant, il finit par le trouver : après 8 minutes en mode mineur, et une référence pleine de soupir à “la fin du monde”, un rayon de lune tombe sous la forme d’un accord majeur brillant.

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Alex Ross est le critique musical de The New Yorker depuis 1996. Son premier livre, The Rest Is Noise: Listening to the Twentieth Century, a remporté un National Book Critics Circle Award et le Guardian First Book Award, et fut finaliste du Prix Pulitzer. Ross a également reçu le Arts and Letters Award de la part de l’American Academy of Arts and Letters et fut reconnu par le New England Conservatory et la Manhattan School of Music. En 2008, il fut nommé MacArthur Fellow, et en 2012 il a reçu le Belmont Prize en Allemagne. Son second livre, Listen to This, fut publié en 2010. Il est également le co-éditeur, avec Daphne Carr, de l’édition 2001 du livre Best Music Writing. Il travaille sur son nouveau livre intitulé Wagnerism. Né à Washington DC, il vit à present à Manhattan et est marié à la réalisatrice de films Jonathan Lisecki.
Publié pour la première fois dans The New Yorker le 18 septembre 2006.