Bob Dylan 101: Street Legal

Street Legal – Columbia – 1978


« Street Legal » est le jumeau maléfique de « Blood On the Tracks ». Enregistré dans un camion muni d’un enregistreur 24 pistes, l’équipe derrière ce disque a cherché à obtenir un son « live ». N’écoutez pas ceux qui critiquent cet album, car si vous voulez entendre un Bob Dylan inévitablement happé par les abysses, c’est ici que ça se passe.

Dylan sonne comme s’il était en pleine dérive sans rien et sans soutien autour de lui. Parfois la seule sécurité que nous pouvons trouver se trouve dans nos propres insécurités, et nous devons y faire face sans chercher à les fuir ou à opter pour un compromis. Il est dans une course frontale avec la partie invisible de lui-même, et cela lui torture l’esprit. Ecoutez « Baby, Stop Crying » et pensez à Billie Holiday ou Jimmy Scott en train de reprendre cette bluette brisée et négligée. « Señor (Tales of Yankee Power) » (une chanson qu’il chante toujours de temps en temps en concert) est l’évidence du destin appliqué à la musique. Pensez à Aaron Copeland, ainsi qu’à Johnny Cash et “son Ring Of Fire ».

Que se passerait-il si Bob Dylan interprétait “Changing Of The Guards” ou “Where Are You Tonight ? (Journey Through Dark Heat)” en concert aujourd’hui ? Le public éclaterait de joie et serait sous le choc. Peut-être que quelqu’un hurlerait « Judas » comme cela fut le cas en 1966. Peut-être qu’il pourrait même re-convoquer les choristes pour cet événement colossal. Posez-vous la question si sur la pochette de cet album il n’est pas en train d’attendre ses fans pour les récupérer, car cet album semble en avoir laissé pas mal d’entre eux derrière lui.

Charles Cicirella