
L’Alsace.fr – le 18-08-09
Hugues Aufray, l’« Ali baba » de la chanson française fête ses 80 ans
Hugues Aufray fête aujourd’hui ses 80 ans. Il n’a pas perdu son franc-parler.Ses cheveux ont blanchi mais les traits de son visage lui confèrent toujours un petit air de jeune révolté, décidé, engagé. Quel est le secret de ce chanteur dont les chansons égayent les soirées entre copains, évoquent des veillées au coin du feu ?
Je n’ai pas de secret. Mais à force de vivre avec soi-même, à se regarder dans une glace, vous vous analysez vous-même. Je suis un peu comme le canard : la pluie glisse sur ses plumes et même s’il sort d’une mare boueuse, il est tout beau, tout propre. Le canard ne fait rien pour être ainsi. Pour moi, c’est pareil. J’ai une sorte d’innocence, une façon naturelle de me protéger.
C’est-ce qui vous a permis de surmonter les coups du sort ? La perte de votre frère, de votre sœur, la débâcle de votre maison de disque ?
Il faut essayer de ne pas se laisser prendre, de relativiser. On sait que ça a existé mais on ne peut plus le changer. Ça permet d’avancer. La colère aussi d’ailleurs.
Est-ce que vous êtes devenu plus sage avec l’âge ?
L’âge ne veut rien dire. J’ai des réactions qui ne correspondent pas à mon âge. Si quelqu’un se comporte mal dans la rue, j’interviens, comme un jeune de 25 ans. L’autre jour, j’ai réglé la circulation parce qu’un crétin bloquait tout ; en cinq minutes c’était réglé. On a beau me dire que ce n’est pas raisonnable, que je risque de prendre un coup, je ne peux pas rester sans réagir.
Vous avez quand même écrit un livre intitulé « la jeunesse n’a pas d’âge ».
À la demande d’un éditeur qui pensait que ce serait intéressant. Il y a beaucoup de clichés comme on a l’âge de ses artères. J’évoque quelques pistes, donne quelques conseils. À une époque où l’on cherche à se rapprocher de la nature il y a des moyens simples mais raisonnables pour rester en forme. J’ai arrêté de fumer, même si vous pouvez attraper un cancer des poumons sans avoir fumé la moindre cigarette. Le lendemain d’une soirée faste, je me contente de quelques fruits. Hier soir, ma fille a préparé un couscous, comme il était excellent, j’en ai repris, ce qu’il ne faut pas faire…
Paraître jeune, est-ce important pour vous ?
Il y a quelques années, lorsque j’étais avec ma fille, mon gendre et mes petits-enfants, je me suis laissé pousser la moustache et la barbiche pour me vieillir volontairement pour que les petits fassent la différence entre la figure du père et du grand-père. En allant par la suite en Afrique du Nord, les gens me saluaient alors « Ali Baba », ce qui signifie grand-père barbu, le sage. Alors, que veut dire paraître jeune ?
Vous allez partir en tournée en septembre. Ce sera une tournée d’adieu ?
Vous savez bien qu’une tournée d’adieu est une manière pour relancer la carrière d’un artiste ! Regardez Aznavour, ça fait 20 ans qu’il fait des tournées d’adieu ! Non, je vais tout simplement reprendre mes soirées de galas. Et d’ailleurs comment pourrais-je prendre ma retraite puisque je n’exerce pas de métier ! Je ne fais que jouer, comme tous les artistes. Je n’ai pas voulu devenir chanteur mais sculpteur ou peintre. Mais je me suis marié jeune, j’ai chanté pour faire vivre ma famille. Pendant 10 ans, j’ai joué de la guitare dans des bars.
Comment expliquez-vous le succès de vos chansons, que même les jeunes d’aujourd’hui connaissent et reprennent ?
Tout simplement parce que ma musique rassemble. Dans ma jeunesse, je vivais avec mon père en Espagne et j’ai appris tout le folklore espagnol, mexicain. Or le propre de la musique folklorique est que c’est une musique qui rassemble que les gens reprennent en chœur. J’ai été élevé dans un milieu religieux, chez les Dominicains ; la religion aussi véhicule la musique. Alors je me suis inspiré du folklore pour faire une musique qui séduit tout le monde, les groupes. Je me suis un peu démarqué de ce culte de l’interprète envahissant qui existe en France.
Lors d’un concert de Piaf ou de Brel, que j’admire d’ailleurs beaucoup, le spectateur est écrasé dans son fauteuil, submergé par l’émotion. Mais ce ne sont pas des chansons qu’on reprend avec les copains.
Lorsque je prends le train, je me fais parfois repérer par des jeunes qui entonnent immédiatement Santiano, alors on chante ensemble.
Les chansons de Brassens sont pareilles, elles rassemblent.
Vivez-vous toujours aussi proche de la nature qu’à une certaine époque de votre vie ?
J’ai la chance d’avoir une ferme en Ardèche et une maison à Marne-la-Coquette. Je profite des deux. La campagne, c’est un peu le rêve mais je ne méprise pas la ville. Saviez-vous que le meilleur miel en France est fait à Paris ?
Votre nouvel album, qui sortira en octobre, est un hommage à Bob Dylan. Pourquoi ?
Selon moi, Bob Dylan a dominé musicalement la fin du XX e siècle. Il a donné la direction à de nombreux artistes. Je l’ai rencontré pour la première fois en 1961 et j’étais le premier à croire en lui. Je ne suis que celui qui a traduit ses chansons en français. Cet album sera un disque historique et je me suis entouré de douze artistes de renommée, dont plusieurs de sa génération.
Il y a aussi une certaine Carla Bruni…
Ça s’est fait tout à fait par hasard. J’ai rencontré Carla Bruni lors du grand concert de soutien à Ingrid Betancourt. J’ai parlé de mon projet à Nicolas Sarkozy lorsque son épouse nous a rejoints. Et elle a voulu participer. J’ai dit : tope-la, cochon qui s’en dédit !
Qu’est-ce que ça fait d’enregistrer avec la Première dame de France ?
Au début, j’étais un peu réservé, je l’ai vouvoyée. Elle a fait preuve de beaucoup de gentillesse, de modestie, d’un professionnalisme exemplaire. C’est quelqu’un de remarquable.
Êtes-vous tenté de faire de la politique ?
Gauche, droite ; moi je n’ai pas besoin de changer ma veste, alors qu’on sait bien que la plupart des artistes a le portefeuille à droite et l’opinion à gauche ! Dès l’âge de 18 ans, j’avais compris que l’avenir du monde dépendait de la tolérance.
Que pensez-vous d’émissions comme « Star Academy » ?
C’est très bien ! La meilleure façon pour un jeune d’apprendre, c’est d’imiter ceux qui ont réussi. Qu’on arrête de critiquer : tous les chanteurs sont issus d’un concours, et si ce n’était pas un concours de chant, c’était un concours de circonstances ! D’ailleurs, si ça ne vous plaît pas, personne ne vous oblige à regarder ! C’est tout aussi crétin de dénigrer la télévision : il y a des émissions extraordinaires comme « Thalassa », des reportages sur l’histoire…
Quelle est la rencontre qui vous a le plus marqué au long de votre carrière ?
Martin Luther King. C’était le 26 mars 1966, j’ai chanté Les crayons de couleurs.
Quels sont vos projets ?
J’en ai beaucoup ; notamment faire enfin de la sculpture. Mais je vous en parlerai une autre fois…
Comment fêterez-vous votre anniversaire, aujourd’hui ?
Je prends le train avec ma petite-fille Charlotte, qui retourne aux États-Unis. Je ne veux pas de fête, pas de cadeau ; nous avons passé quelques jours ensemble, en famille. C’est ça le cadeau, c’est la vie ! Au fait, je vais vous dévoiler mon secret : j’étais dyslexique, gaucher, j’écrivais non seulement de la main gauche mais de droite à gauche. Je fais tout à l’envers, alors, pourquoi ne pas prendre un coup de jeune alors que je passe le cap des 80 ans ?
Propos recueillis par Ursula Laurent
http://www.lalsace.fr/fr/france-monde/article/1888515,218/Hugues-Aufray-...
La fille du nord - Bob Dylan
http://www.youtube.com/watch?v=zWWqonUIif0&feature=related
Le petit bonheur
http://www.dailymotion.com/video/x17c89_hugues-aufray-le-petit-bonheur_m...
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